jeudi 20 avril 2017

le festin lu

À   
 un dîner d’érudits 



ou « Ce que les plats me disent »






Les mises en bouche



Friture de fricatives et velouté vocalique

Gaspacho d’anguilles sur lit d’étoiles filantes

Nage de rascasse et filet garni

Velouté d’anchois et mousse judicieuse 

Ali Baba ganoush et ses quarante voleurs




Jean Huber, Le Dîner des philosophes (1772 ou 1773). Scène de fiction imaginée par le peintre avec Voltaire au centre, levant la main, et Diderot à droite en bout de table (Voltaire Foundation, Oxford).





Les plats



Soupçon de faunes à savourer l’après-midi

Copeaux de comté au lait de mamelles d’Oye

Douceurs aux paravents sur lit de bonnes

Mesclun avec son fondant de catleyas, asperges et petits
papiers... servi à l’ombre des fraises sauvages 

Suprême de cheveux de fille, sauce au lin

Soufflé de rougets barbets, sauce diable, sur lit 
de riz d’eau cramoisie

Assortiment de petits trains avec sa crème transsibérienne 
sur son filet de prose 

Jambon de Parme à la Grande Chartreuse (millésimée) 

Andouillette de Troie, sauce Ulysse

Voiles au clair de lune, servies avec leur nuage de pas 
sur la neige 



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Les desserts



Religieuse au café sur lumière d’avril (spécialité 
de maître Denis)

Méli-mélo de raisins de la belle colère et ananas 
from Ipanema

Poire Belle-Hélène à la mode Ithaque

Tarte de blé en herbe 

Orange mécanique confite et son coulis Kubrick

Café gourmette et biscuits à l’écuyère




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Carte des boissons


Côtes-de-Graves, château Lamotte aiguë, provenance Bénin

O minet râle, source naturelle gazeuse Réage

 
Boissons chaudes


Bagdad café

Thé au Sahara

Cacao amadoué





Jan Havickszoon Steen, Joyeuse Famille (1668, Rijksmuseum, Amsterdam).






   Pour ceux qui mangeraient à la cantine

 (mets interdits aux mineurs et bêtes humaines) 



Entrées


Vol-au-vent, nappage Proust

Potache de großes légumes
  

Plats


Zeste de chatte sur doigt brûlant, sauce Lolita en supplément

Rognons macabres
  

Dessert


Pet de nonne sur son coulis façon Kafka








                            Nicolas Gruszkiewicz 

mardi 11 avril 2017

copeaux de temps

le temps
demeure de sa dissolution
soluble dans l’ombre fouettée à tous vents


dont 
le feuillage 
dentelle 
un souvenir 
ou deux 
au centre 
de la mémoire 
insulaire
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le temps
vestige du corps-mort
au-delà de la ligne de flottaison
en deçà de la mer l’horizon

une vague
réminiscence
encadrée 
d’aventures
traversées
jusqu’à
l’ultime
naufrage
sous terre





 le temps 
 grise l’estampe bleutée 
 le long du sentier liquide 
 teinté de mélancolie 
 que parcourent les mouvements désordonnés 
 de caresses inassouvies
 renouvelées à perpétuité 




le temps sucré

repose en paix

un peu de terre

au fond de l’eau

une voix claire









le temps découpe nos silhouettes
dans l’étoffe du ciel
et les nuits se déroulent en coupons de rêve




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